Never Look Back

17 mars 2011

Le reflet de ses yeux

         Il est des choses que la psychologie explique plus ou moins bien, que la vie ne fait parfois pas très bien. Lorsqu'on perd quelque chose, nous les égoïstes matérialistes, nous pleurons. Quand ce n'est pas l'incomprise mort qui arrache ce qu'on aime, c'est l'amour tout court qui tranche. C'est le deuil des vivants, la rupture. Malgré tout notre fabuleux psychisme, il est de commun usage de pleurer, ne serait-ce que spirituellement, un petit peu, entre deux blagues adressées aux potes. On se dit que finalement on a bien fait. Bien que les séparations fassent souvent les mêmes maux, elles ont des causes différentes. J'en ai connu un paquet, entre celles que j'ai provoquées, celles que j'ai oubliées, celles que j'ai refoulées, ou encore celles qui n'en étaient pas. Après on avance. Il y a juste une chose unique, perdue universellement, propre aux sentiments, c'est l'image de soi, l'idéal du Moi en termes plus techniques.

         Nous aimons l'autre certes, toutes ses qualités, mêmes celles qui deviennent des défauts. Ce qui est aussi important, c'est la réciprocité. Nous, les appeurés, avons besoin de plaire, c'est se sentir exister à plus ou moindre mesure. Quand finalement les souvenirs estivaux, ceux entourés de nature et de reflets ensoleillés, s'envolent, quand toutes les odeurs de ses plats favoris s'évaporent et quand son visage et ses formes deviennent un souffle, on perd de notre brillance. Il faut remarquer nos regards s'assombrir, les larmes coulent, embrassant une bouche silencieuse. Les éclats de voix disparaissent sans bruit. Sa main n'est plus là, le Nous redevient Moi. On se demande finalement ce qu'on devient.

         Quand le couple dure, un peu comme le mien, les sentiments se transforment, modulent entre amitié, fraternité et sexualité. C'est la névrose amoureuse, les premiers sentiments, ceux de l'inconnu, qu'on refoule. Tant que le reflet de ses yeux perdure, tout va. La dépendance s'entretient et est nécessaire, ça laisse une trop petite place aux besoins personnels, on s'oublie facilement. C'est peut-être ça qui me rend nostalgique. Le deuil, c'est oublier le bonheur, remettre à zéro notre éternelle route ascétique vers l'ataraxie des utopistes. Mais c'est la pire des causes, de celles qui rendent fou, la folie comme sublimation de l'intelligence. On est sûrement loin d'être bêtes.

PJ Harvey - All and Everyone

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07 mars 2011

Sérendipité

          Un certain temps est passé, occupé à retrouver un peu de temps. J'avais sûrement besoin de retrouver une forme d'inspiration, autre que vidéoludique. Parfois on occulte cette petite habitude de regarder les choses telles qu'elles le sont vraiment, de voir la beauté des choses de façon arrêtée, comme si les formes et couleurs se suspendaient dans l'air. J'ai réfléchi récemment à l'origine possible de cette inspiration. Je me demande alors si son origine n'est pas forcément le mal. Il est en effet difficile de créer sans cette petite pointe de mélancolie ou de tristesse. Peut-être que les Regards pleurent pour ceux qui ne savent pas, un peu comme les croyants. Mais pourtant je vais bien. Je suis même un peu utopiste, négligeant les Apollinaire et Van Gogh malades, pensant que le bonheur seul, aussi ataraxique soit-il, suffirait à combler ce manque. Je m'accroche alors à la distance polie que j'entretiens avec la Nature, observant silencieux, l'envol des oiseaux ou les rares rayons de soleil transperçant les timides bourgeons.

         Créer même un petit peu me manque. Il ne suffit pas de récolter de bonnes notes à la fac ou de s'entourer. J'ai ce besoin, que j'espère universel, de faire quelque chose. Je m'inspire aujourd'hui des choix de vie à faire laissant un indécis comme moi bien mal en point, je recycle cette angoisse en une catharsis lettrée, sans forcément définir un sujet. Ce sont juste ces douces vagues de formes et de sentiments, cette caresse de la vie que j'inspire à pleins poumons. Après ce besoin de prendre les choses, je les laisse me traverser, les sensations jusqu'au bout de mes doigts, le sexe, la musique et les muses de la rue. Je n'essaie plus de trouver l'équilibre, laissant une discrète impulsivité prendre le contrôle de mon inspiration. J'aléatorise mes muses. C'est sûrement le printemps qui échauffe sa voix pendant que l'hiver s'enrhume. Je suis décidément bien sensible à mon environnement à tous les niveaux. Je contrôle beaucoup de choses et laisse aux plus belles le soin de m'imposer le hasard.

PJ Harvey - Let England Shake

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03 décembre 2010

Paraître éthéré

    Il m'arrive souvent en ce moment de penser à l'année passée. Ce sont peut-être le bruit de mes pas sous la neige qui activent ces souvenirs.  J'ai eu moins d'incertitudes sur moi-même, au vu de la raréfaction des notes ici, mais plus sur les autres. A l'image de Radiohead dont je m'abreuve en ce moment, je me sens un peu en dehors. Comme me disait l'infirmière lors d'une visite médicale il y a quelques jours, à trop écouter on oublie de parler, c'est sûr que je suis une bonne oreille. Depuis quelques années, j'ai tâché de me fermer comme une huître pour éviter les déconvenues d'antan et au final, je suis devenu l'oreille idéale, si bien que quand je montre le moindre appel d'esprit, on ne me comprenne plus ou plus trop. Je ne parle pas ici d'actes manqués, comme les ex de ma copine qui envoient des appels du pied plusieurs années après, pas comme cette personne avec qui j'ai joué aujourd'hui qui jouait sa vie dans un jeu vidéo, pas comme cette fille qui rageait au badminton devant mes amortis vicieux, pas comme ce prof de méthodologie expérimentale qui affichait sa mauvaise humeur par un cri, ce n'est pas non plus cette contrôleuse sadique ravie de m'adresser une amende, ou encore ce jeune au milieu du couloir de la fac (que je devais traverser) en train de discuter et rouspétant à propos des coups d'épaule qu'on lui adressait. Ce n'est pas non plus cette camarade qui détruit volontairement sa vie malgré les conseils. Il y a aussi les passages cloutés, l'argent, les critiques gratuites et toutes les injustices sociales possibles et imaginables.

      Aujourd'hui, la société crée ce qu'on doit être. On ne se serre plus les coudes, c'est au-dessus de ça. Malheureusement, le plus grand nombre a raison, la légion. Les porno nous disent comment baiser, les politiques comment voter, les psychologues ou philosophes autoproclamés comment penser, les supermarchés comment manger, les pubs comment vivre, les voisins comment être, les mannequins comment désigner l'anorexie comme bien-être ultime. En gage de ce sourire, il reste la télé cocaïnée ou les chanteurs sans talent. Si bien que Mozart, Beethoven et Bach (pour ne citer qu'eux) passent là pour les plus grands génies modernes qui soient.

      Je dégage certes un peu de colère, loin de toute misanthropie (ce serait triste pour un aspirant psychologue). J'ai juste un agacement ponctuel sur ce qui m'entoure ou qui m'a entouré. Si je passe la soirée seul, c'est à cause de certaines choses que personne ne mérite. Mon utopie spirituelle, en quête de la plus profonde ataraxie, s'en remet aux enchantements kantiens de la belle musique. Je suis plutôt calme, donc quand finalement vient la colère, elle se transforme en compréhension. J'aimerais juste qu'on me redise parfois, avec efficacité que "je suis au-dessus de tout ça", même si j'ai de plus en plus l'impression que je deviens éthéré. C'est une légèreté, de celles qui font couler les larmes et tomber les mains. C'est une sorte d'orgasme de la vie, qui nous fait jouir d'une façon ponctuelle. C'est la première seconde de l'orgasme sexuel, celui où on nique les anges du douzième ciel, la bouche entrouverte et le sourire à peine dessiné. C'est un peu tout ça qui échappe aux gens. Je pense à ceux qui ont leurs petits soucis. Enfin, les soucis dans la vie, c'est soit de l'argent soit du cul. Je ne suis juste pas très riche, c'est déjà ça.

      En ces jours froids, je trouve le bonheur allongé sur mon lit avec une légère odeur de café matinal dans les narines. Mon chien s'allonge à mes côtés, il regarde de ses grands yeux marrons toutes mes incertitudes. Lui il l'a trouvé le bonheur, il le vit à chaque fois qu'il me voit ou que je joue avec lui. L'espace de quelques secondes, il ressent le plus grand deuil à me voir partir, le genre de sentiment qui nous détruit plusieurs mois en tant qu'humain. Mais quand je rentre le jeudi soir, il me sent vaguement et court dans tout l'appart, son maître étant revenu d'entre les morts. Actuellement, j'ai pour ambiance sonore la musique présentée dans cette note. Quelques excès de ronflements viennent ponctuer les envolées lyriques de Thom Yorke. Je me dis alors que la vie de chien n'est pas si mal.

      Je vois et décrit souvent ce qu'est une certaine légèreté. J'aime cette idée d'air, d'être transporté, lévité. La douceur est belle dans tous les cas. Et pour moi le pensif, j'observe à tous les coins de rues et tous les coins de gens cette dose éthérée de naïveté. Elle traverse alors le monde furtivement, laissant une petite emprunte à vie de bonheur.

How To Disappear Completely - Radiohead

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07 novembre 2010

Vide de plein

      J'ai quelques notes de piano dans la tête, ce sont celles qui rendent un peu nostalgique. J'imagine le pianiste triste qui a composé cette chanson du nom du village sans âmes.

       Parfois, j'ai presque envie de déséquilibre, de sentir un peu plus la vie battre. Mais après je pleurerai pour ma tranquillité. C'est comme ça. Ici, sur ce blog, j'ai commencé de façon bancale, les mots hésitant, visant à déstabiliser, me montrer moi le déstabilisé. Quelques réflexions plus tard, j'arrivais à mes fins, mais je me demande ce qu'il reste. Je fantasme alors l'avenir.
On peut dire que je me laisse vivre, le temps n'aidant pas à sortir. Je ne broie pas du noir, je ne broie en fait rien. Je suis pourtant loin d'être seul. Je n'arrive plus à toucher du bout du doigt ce qui est vibrant si ce n'est son souvenir. A peu près heureux et même pas triste, je puise dans la neutralité un peu de rien, du vide de plein.

      Je fais partie de ceux qui regardent les feuilles d'automne voler. De mes grands yeux canins, le tourbillon de poussière et de détritus jonchant les trottoirs me fait penser à la répétition des vicissitudes. Les arbres dorés crient silencieusement leur beauté jusqu'à ce que le vent bruyant ne mette fin à leur supplice. Dans le bus, les visages sont fatigués, plus aucun ne regarde les arbres. C'est dommage.

      Durant mes journées, j'écoute du piano. J'aime Uematsu et les souvenirs qu'il m'apporte. La nostalgie est l'un des plus puissants sentiments, c'est quand le temps devient amoureux, il paralyse alors notre sang. La bouche entrouverte, le regard vague, tout défile. Le bon devient mauvais car il est passé, le mauvais reste mauvais. C'est toute l'ironie de ce blog au vu du titre. A quoi bon perdre du temps à regarder le temps...


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FF9 - Souless Village ~ Branbul

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20 octobre 2010

Les apparences du rêve

    Je me réveille le matin en sentant la chaleur de mon gros radiateur en fonte face à la température négative s'infiltrant. J'allume l'ordinateur et regarde où en est le pays. Je regarde si les lycéens continuent de braver leurs crises identitaires en entraînant les camarades, contraignant d'autres camarades. Il en va de même pour les raffineries, frappant là ou ça fait mal, c'est là l'avantage de ne prendre que les transports en commun. En parlant de ces transports, je vais voir les infos des mes amis ferroviaires. Toujours des trains en moins. Parfois je réussis à en prendre un quand des lycéens sans revendications ne bloquent pas la gare. Je remarque à travers la vitre du bus le résultat de plusieurs années d'interrogation sociale, de conflit. Les urnes vides sont remplies de cailloux et de pillage. Quand la société donne ses rênes, on voit le résultat.

      Je suis totalement pour les revendications et contre l'injustice sociale. Je pense par exemple aux blocages totalement antidémocratiques que les lycéens et étudiants subissent. Certains comme moi payent pour étudier, se donnent pour avoir cette chance de faire ce qu'on veut. Je vois que faute de sensibilisation efficace, les blocages affluent. Depuis dix jours, sur le campus, je n'ai vu aucun tract si ce n'est une quelconque revendication timide avant un cours. Certains se permettent de bloquer notre fierté, notre pouvoir. Je ne connais pas vraiment leur raison, puisqu'ils ne bloquent pour aucune raison plausible. Cependant, j'ai cours dans 40 minutes dans un certain amphi. Mais dans 40 minutes, il y a une assemblée générale, j'espère pouvoir contrebalancer ceux aux masques démocratiques.

      Outre les revendications de liberté, j'ai eu la chance de voir celle de la nature. Alors que j'attendais un ami à une gare entre gares, je me suis posé sur un pont enjambant une petite rivière. Royalement, l'eau traçait une parfaite droite entre deux lignes de chênes majestueux. Je coupais mon baladeur avant de me rendre compte que la seule musique environnante était celle des oiseaux. Quelques milliers d'étourneaux réclamaient leur dû, manifestaient à leur manière. Les parents avertis se mirent alors en quête. L'heure de la béquée résonnait, les nuages d'oiseaux volaient dans la pénombre. Peu après le coucher de soleil, le ciel arborait des teintes dégradées de pourpre et rouge. Je voyais les canards se mettre en formation serrée à l'abri. Et alors qu'au milieu du pont, je m'épatais, les oiseaux me rasaient. Une dizaine de minutes plus tard, les parents se taisaient, les petits mangeaient. La nature avait trouvé la solution. Et moi un peu de rêve.

 

Massive Attack - False Flags, Incantations, Joy Luck Club.

 

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29 septembre 2010

Geeks II

      Il est bien trop tard, ceux qui se lèvent tôt sont couchés, il me faut un fix. J'allume la console ou je me co sur le PC. Le monde annexe s'ouvre, celui des souvenirs, comme quand une odeur fleurie nous rappelle un vieux jardin. Une barre de loading, la partie qui se charge, choisir la carte mémoire, valider le disque dur. Passé l'intro je choisis de continuer la partie, c'est le rêve qu'on met sur pause. Contrairement aux films parfois finis trop vite, le jeu se visite et se revisite. Ma solitude s'accompagne.

      Je me retrouve sur une plaine, appelant mon cheval avec un ocarina, la nuit tombe et les squelettes sortent de la terre. La pleine lune au fond me rappelle quelques chants de hibou.
      Sortant de la fac, je m'en vais voler des magies par tas de cent. J'appuie sur R1 avec le bon timing. Frémir avec Liberi Fatali. Dans un sens, je connais tout par cœur, je joue aux cartes.
      Quelle classe vais-je faire cette fois ? La facilité des débuts me laisse hésitant. Un personnage féminin forcément, assortir les cheveux, choisir un nom. Je commence novice et finirai assassin ou prêtre.
      Un grand arbre et quelques notes de piano. Le vert m'envahit quand je pense à mon enfance, quand les violons arrivent et ce que je considérais comme des flamands roses s'envolent. Enlever une épée de son socle et tuer des lapins jaunes.
      La capitale japonaise encore détruite et je me retrouve roi des démons. Je séduis ou corromps d'autres démons pour tuer des démons. Une histoire de démons, parfois dans un lycée ou au pôle Nord. J'aime, je partage.
      Se battre avec une clé avec des personnages enfantins. Je me souviens des moqueries avant qu'on encense. Ça me rappelle cette année de fin de lycée.
      Encore un arbre, ma fierté. Toutes ces musiques et ces teints pastels. Je les partage avec un ami. La magie du jeu sans frontière, passant de secret à légende.
      Des heures de donjon pour finalement pas grand chose. Des amis chers rencontrés pour finalement beaucoup de choses. La lamentation des bien-nés me fait revenir éternellement.
      Je mange une fleur ou un champignon. L'accent italien et des tuyaux. Cette foutue princesse s'est encore barrée. Encore des trous et des monstres en forme de porte-clé. Je m'en fous, je prends une cape et un dinosaure.
      Une épée de deux mètres et n méchant complètement fou. Sauver le monde, savoir qui on est, une amie, un amour qui meurt. Traverser les montagnes, invoquer Arthur et ses potes. On attend tous en suite l'ange ne possédant qu'une seule aile.
      Vampire, tueur de vampire, fils de vampire, peu importe, je prends les âmes des monstres, je bois leur sang. J'avance d'un pas assuré, retournant chaque coin de donjon.
      Et puis une femme en armure dévoile nos fantasmes. La solitude oppressante me fait rencontrer des amis extraterrestres. De pouvoir en pouvoir, j'explore et combat toujours ce dragon au violet agressif.
      Beaucoup d'heures de jeu et finalement des morts non prévues. Les sentiments, souvent mieux qu'au cinéma, transcendés par un blond au look de surfer et une fille un peu coincée. Comme quoi.

      Le dixième art m'ouvre ses portes quand je le désire. Il me rappelle, me came, me séduit, enjolive et inspire. Je le partage du mieux que je peux, provoquant parfois des passions. C'était le premier cadeau dont je me souvienne, c'était une console de jeu. C'est peut-être pour ça que j'y accorde une certaine importance. Les joueurs, les passionnés, je les comprend. On les regarde l'air accusateur, la honte de jouer, on les infantilise. Ce monde reste hermétique. Ce monde, c'est un peu tout le temps le notre, un peu moins parfois, la vie est cruelle. La passion est parfois dévastatrice, celle du jeu vidéo n'échappe pas à la règle. Vite, encore.


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24 septembre 2010

Cri de loup

      Il est une chose qui nous accompagne et nous berce, celle qui nous fait souffrir la première fois, dans les premiers pas pour l'école. En ce moment je suis attentif à la solitude. Quand le silence devient d'or et que seuls les bruits non humains résonnent, que ce soit le bruit du vent ou un violon lointain, ma respiration s'apaise, le bruit devient son et je pense. Peut-être est-ce dû à mon état de fils unique si je deviens moins dépendant, malgré mon complexe du chevalier latent. Je cherche surtout autant que je puisse l'état de béatitude sur les choses simples m'entourant, loin des élucubrations de la société. A défaut de participer à la bêtise infinie, j'observe l'hypothétique éternité du ciel. C'est sûr qu'on m'a souvent reproché d'avoir plus la tête dans les étoiles que les pieds sur Terre, je garde il est vrai mon cœur bien au chaud.

      Les gens ont parfois peur de la solitude, je glorifie celle de l'artiste. Écrire un livre, penser un film, inventer un art, n'est-ce pas là le travail de la solitude ? Peut-être les gens ont-ils peur d'eux-mêmes. Quand tout s'arrête, le monde est réduit à nous-même, le besoin d'être entouré nous renvoie à nos folies, nos phobies, le comble de ne pas être soi. Je vois dans la solitude éphémère la passion de l'instant stoppé, le temps s'arrête, animé par les non humains. Elle est aussi protectrice tant qu'elle ne dure pas, on salue le côté obscur, se posant sous l'arbre noir du jardin secret. Des yeux grands ouverts, on mange le fruit du temps. Parfois même j'oublie le son de ma voix. Le regard dans le vague, un bruit nous réveille, le temps reprend, l'amitié ou l'amour. Finalement la solitude c'est le passé. On s'arrête avec tous nos acquis, notre expérience. On peut aussi entendre ou sentir quelque chose et l'espace d'un instant on se retrouve transporté à un âge d'enfant, le soleil troublant les visages de nos parents. Finalement la solitude c'est aussi la vie. Mais il vaut mieux être seul et bien accompagné.


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20 septembre 2010

Le calme pendant la tempête

     Les habitudes ont la peau dure. Cette peau qui finalement souffre en ce moment à l'heure où les jupes laissent place aux manteaux. Fini le temps de détruire sa peau au Soleil, le temps vient de se frotter à d'autres peaux. Après tout c'est au début du froid qu'on se rend compte des choses. Cette rentrée n'échappe pas à la règle si bien que j'observe autour de moi plein de changements dans la vie des autres, si bien que je me rends compte de la tranquillité de la mienne.
      Après être parti de Lille, dans le train, j'ai ressenti une forme d'apaisement. Ce n'est pas le calme avant ou après la tempête, c'est plus la sensation de voir les choses tourner autour de soi, de les regarder avec amusement et/ou compréhension. C'est finalement le sentiment de savoir où on va, la vitesse de croisière de la vie enclenchée, toujours à l'affut de nouvelles sublimations. J'ai toujours su que j'avais des affinités avec la sagesse.

      Malgré tout la rentrée va être raide. Il va falloir lire de monstrueux pavés souvent d'un autre siècle. La main va chatouiller au gré des mots. Le temps vient d'affronter le froid, de sortir de chez moi dans 10 centimètres de neige dijonnaise pour finalement se réchauffer dans l'amphi. Même à bientôt 24 ans, je me réjouis de cirer les bancs de la fac. Je suis sûrement un grand enfant, avec la volonté de ne pas travailler si ce n'est pour l'enrichissement intellectuel. C'est dommage car si par le passé je ne m'étais pas autant intéressé aux plaisirs triviaux, je serais à l'heure qu'il est avec tout plein de diplômes inutiles. Contentons-nous d'un seul pour l'instant. Je choisis ma voie, pas par défaut. C'est toujours mieux que de se retrouver dans un bureau sans fenêtre, avec pour seul rêve une photo de sa moitié, dont la relation avec elle n'a jamais été contrôlée.
En parlant de contrôle, c'est une chose essentielle dans le couple. C'est égal au contrôle qu'on exerce sur soi-même, le bouclier face au côté obscur, celui qu'on a tous. Pendant les mois et les années, il ne faut pas rêver, mais le couple trinque à mort. Après on s'étonne des désirs de l'autre, on refoule les nôtres. J'y ai goûté. Aujourd'hui c'est un tout autre mets sucré que je savoure, le dessert délicieux et doux que tous recherchent, mais que finalement peu ont. C'est normal, on ne peut pas toujours associer son propre plaisir au plaisir partagé. Avec cet état d'esprit malheureusement, j'ai des difficultés à m'attacher. Enfin je dis ça, mais ça fait six ans que je n'ai pas connu le célibat. Même avec 500 kilomètres de distance entre nous, rien ne bouge et tout se renforce. Ça fait taire les mauvaises langues, celles qui à 2 mètres l'une de l'autre, arrivent à se fourcher.


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      Nous sommes souvent régis par la peur, d'autant plus quand c'est celle du changement. Même si les étapes que nous traversons nous offrent un calme appréciable et mérité, j'aime penser qu'il faut se préparer une porte de sortie, rien qu'à soi. C'est le jardin secret, celui que j'imagine sombre, au niveau du côté obscur. Les sourires les plus angéliques cachent des vices, c'est la société, c'est comme ça. La fille timide devient séductrice, la jolie fille du collège devient un laideron. Comme quoi il n'y a pas qu'une étape dans la vie. Dans tous les cas, je suis prêt.

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19 août 2010

Principe d'incertitude

      Mon année s'est arrêtée début juillet. La gorge se serrait alors que je passais le portail de cette école. L'été arrive, ses préoccupations d'abord, ses occupations ensuite, de nouvelles préoccupations, histoire de passer le temps. Je me souviens il n'y a pas si longtemps dans quel état j'étais. Je revenais de courses à Dijon , une fine pluie matinale remplissait les flaques. Les moineaux venaient s'abreuver rapidement. Je voyais les gens courir un peu partout, c'est important de ne pas être mouillé en début de journée. Un peu trop prévoyant, je sortais de mon sac un petit parapluie et souriait. Il ne suffit pas d'un beau soleil en se levant pour arrêter de tristes nuages, il suffit de lever la tête. Cet environnement me faisait méditer, je revoyais le temps passé, sans regarder plus tard. J'ai connu lors de cette vingt-troisième année de vie la plus parfaite des sublimations. C'est mieux que d'arrêter de fumer, mieux que de reprendre ses études, mieux que de redéfinir l'amour. C'est un peu tout en même temps.

      Je me dis que finalement ce fut musical. Plein de concerts et de foule transpirante pour une explosion de jouissance dans les oreilles, des sens en éveil. Du plus simple toucher à la vue béate, je n'ai fait que m'ouvrir. N'en déplaise à Kant, les enchantements de l'amour, celui de la vie sûrement, ont eu leur effet. Le Regard ne se désabuse pas, il s'amuse. Car finalement c'est avec le temps qu'on comprend les choses, c'est à voir voler le temps qu'on sourit. Ces dernières semaines étaient le temps du repos. Je me suis amusé à regarder les chemins parcourus. Des amis se convertissent, deviennent parents, ou échouent à nouveau, de nouveaux caps. Le mien est moins visible, plus dans la tête, c'est ce que je suis.

      Boum ! Dans peu de temps tout s'accélère. Vite, il faut faire les valises, emménager, faire des maths, lire des livres, faire des livres, lire les gens, refaire les gens, regarder le temps.  Mon introversion doit se réveiller.

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09 juillet 2010

Le banc rouge des juges naïfs

      15h47, c'est l'heure à laquelle je prenais tous les jours ce même bus. Il m'emmenait vers un travail d'appoint, celui qui fait bien quand on veut arranger ses cours à la fac. J'étais depuis un an et demi surveillant des études dans la même école primaire. C'est marrant de voir ce même paysage à l'arrêt de bus. Je n'aime pas me poser sur le banc de cet abribus étrangement, il y a souvent des personnes âgées nécessiteuses ou des fumeurs. Bref, comme tous les jours, j'allume mon baladeur et regarde les voitures passer. Les arbres témoignent quant à eux de la saison.

      Une fois arrivé, je descends cette rue si calme dans laquelle aucun véhicule n'ose déranger la difficile croissance des plantes, ou leur douce mort en hiver. Devant le portail de l'école, je salue la personne qui s'occupe de la circulation. C'est étonnant de donner comme responsabilité à un homme d'écarter les bras devant un passage clouté. Son travail dure en tout et pour tout 10 minutes, enfin il n'y a pas de sot métier. J'ouvre la porte et traverse la cour. J'adresse mon premier regard à l'intérieur des classes, certains me reconnaissent et me saluent, jubilant de voir la fin de la journée arriver. Même les profs ont l'air soulagé. Et il y a cette salle ou les gens passent. Je regarde alors les dessins d'enfant accrochés au mur. Ce sont les témoins d'un moment de joie, de créativité. Lorsque l'enfant crée, il s'exprime, il est heureux. Je pense que c'est général. Je me rappelle alors souvent ma première journée ici, j'étais arrivé bien trop en avance, forcément stressé. En prenant du recul, on se dit que c'est bizarre d'avoir peur d'enfants. Ils ont c'est vrai le regard transperçant, ce sont de petits juges naïfs. Quand ils vous voient pour la première fois, on sent une autre présence dans leurs yeux, peut-être est-ce une sorte de dieu qui nous regarde. Avec eux on n'a pas le droit à l'erreur. La première fois que je les ai vu, j'avais un serre-tête et une boucle d'oreille, autant dire que j'ai été gâté.

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      16h15, fin des cours. Je vérifie ceux dont je vais m'occuper. Et finalement je vais m'asseoir sur ce banc rouge. D'ici je vois la cour, c'est le banc des maîtres. Les enfants insistent pour prendre la balle, je leur interdis pour les embêter et finis par accepter. A la fin, les plus grand arrivent, les CM2. Les filles paradent, je les avais connu l'année d'avant en petite fille, maintenant Œdipe frappe aux portes de sa cité. D'ailleurs ces derniers jours, un petit intello est venu me demander ce qu'était le complexe associé à ce nom. Difficile de parler de sexualité infantile à un enfant. J'enchaîne les saluts aux profs, à mes collègues. Pendant cette demi-heure, les enfants s'amusent. J'essaie de glisser une oreille à leurs inquiétudes. Ils s'amusent pour la plupart à imiter des animaux, à être le plus fort au foot, à se séduire. Les loisirs adultes évoluent mais les jeux d'enfants ne changent jamais.

      J'ai toujours cette image. Perdu dans mes pensées, j'observe le bruissement des feuilles d'arbres couvert par les cris d'enfants. Je suis réveillé par mon prénom.

      Plus tard, c'est l'heure de travailler. Je me suis toujours demandé quelles ressources ils allaient chercher pour faire leurs devoirs après une journée de travail parfois harassante. J'essaie de leur apprendre quelque chose. Peut-être que plus tard ils se souviendront de la conjugaison à l'imparfait grâce à moi. J'ose l'espérer. Plus que ça, j'ai aussi parfois été une oreille à leurs inquiétudes. Les regards, aussi naïfs soient-ils, ne trompent pas. On sent bien parfois que "ce n'est pas facile à la maison" comme disent les scolaires. Parfois, le témoin est une petite main agrippant la votre. On a déjà pris un enfant par la main comme le dit la chanson, c'est souvent un petit cousin ou un autre membre de la famille. Mais au travail, c'est toujours étonnant. On est payé à faire ça. On est payé à faire le grand frère de substitution.
      Plus que ça, lors de mes jours sombres il y a plus d'un an. C'est la lumière de ma journée. Je m'arrêtais de penser l'espace d'un instant et j'avais en réponse à mon visage fermé des sourires. On a tous besoin de naïveté, les enfants nous le montrent assez. Nous devons être des cœurs chauds.

      Ce dernier jour, le directeur de l'école part à la retraite après plus de 20 ans de loyaux services. Je repasse le portail anonymement. J'espère le repasser l'an prochain même si ça semble compromis avec mes futurs cours. Un cri d'enfant, des au revoir gênés.

La gorge se serre.


Brel - Un soir d'été, Les Marquises
Ghinzu - Dragster Wave, Horse
FFX - The Prayer
Muse - Unintended
WoW - Lament of the Highborne

Posté par Nelooback à 19:04 - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
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